Laurie Levard (doctorante, Université de Caen), Virginie Bagneux (MC, LPCN, Université de Caen Normandie), Cantin Lemort (Pharmacie, CHU de Caen Normandie), Jocelyn Michon (Dr, Maladies infectieuses, CHU Caen Normandie) & Aurelie Baldolli (Dr, Maladies infectieuses, CHU Caen Normandie) ont publié un nouvel article dans la revue Médecine et Maladies Infectieuses Formation.
Levard, L., Bagneux, V., Lemort, C., Michon, J., Baldolli, A., & Saint-Lorant, G. (2026). De l’indication à l’injection: réduire les occasions manquées de vaccination en milieu hospitalier. Médecine et Maladies Infectieuses Formation, 5(2), S143. https://doi.org/10.1016/j.mmifmc.2026.04.299
Abstract
Introduction Malgré l’existence de la vaccination, la grippe, la COVID-19 et les infections à pneumocoques, causent chaque année de fortes tensions hospitalières et décès évitables, en raison de couvertures vaccinales (CV) insuffisantes. L’objectif de cette recherche-action est d’augmenter les CV en unités de soins (UDS) en misant sur la réduction des occasions manquées de vaccination (OMV), par l’activation de leviers organisationnels, collectifs et individuels. Matériels et méthodes L’étude, conduite en campagne vaccinale, du 8 au 19/12/2025, dans 6 services de médecine, compte 151 patients à risque (Mâge = 69,9 ans, ET = 12,09 ; 36 % femmes), hospitalisés dans un CHU de 1500 lits, ayant une indication vaccinale anti-grippale (VAG), anti-COVID-19 (VAC) et/ou anti-pneumococcique (VAP) et un schéma vaccinal incomplet. Elle fait suite à deux autres campagnes, où ont été mis en oeuvre différents leviers organisationnels et indicateurs de mesure, dont l’incrémentation vaccinale (IV). La vaccination a été proposée aux patients, suivant un protocole incluant la sensibilisation à l’IV des étudiants de pharmacie (internes et externes) et des équipes en UDS : les données médicales et l’accord/refus vaccinal du patient étaient recueillis avant que celui-ci n’auto-reporte son hésitation vaccinale générale, ses motifs de décision par vaccin (MDV), son adhésion aux croyances conspirationnistes en santé (CCS) et sources d’information. Résultats Durant l’hospitalisation et avec des taux d’accord vaccinal initiaux de 30,4% (N=31/102) pour le VAP, 32,1% (N=25/78) pour le VAG et 28,1% (N=32/114) pour le VAC, 72,7% (N=64/88) des vaccins acceptés ont été injectés. Pour 75% (N=18/24) d’entre eux, ce sont des problèmes organisationnels (i.e. non prescription du vaccin, non administration du vaccin prescrit ou sortie du patient avant injection) qui expliquent la non-vaccination, loin devant les refus au moment de l’administration (12,5 %, N=3/24) et les contre-indications (12,5 %, N=3/24). L’IV (+17,1% VAG, +12,2% VAP et +15,5% VAC) coïncide avec une diminution des OMV, passant de 62,5% (2023) à 27,3% en 2025, malgré un taux de refus vaccinal global plus élevé. L’IV est d’autant plus élevée dans les UDS bénéficiant d’un interne de pharmacie formé à la vaccination. L’analyse des MDV révèle des profils décisionnels distincts. Si la confiance dans les recommandations et l’efficacité perçue favorisent l’adhésion au VAP et au VAG, le VAC suscite plus de réticence au travers d’inquiétudes sécuritaires marquées et un manque d’informations. De plus, l’adhésion globale est négativement corrélée au degré d’adhésion aux CCS. Conclusion L’IV en milieu hospitalier semble facilitée par des facteurs organisationnels et collectifs au-delà de réticences au niveau individuel. L’existence de profils décisionnels spécifiques à chaque vaccin souligne les limites de campagnes généralistes et l’importance d’interventions ciblées. L’implication de nouveaux acteurs de la promotion vaccinale (i.e. le pharmacien hospitalier) et le rôle de l’hôpital dans l’IV seront discutés.
Il est consultable via ce lien : https://doi.org/10.1016/j.mmifmc.2026.04.299. Celui-ci a été publié dans la revue Médecine et Maladies Infectieuses Formation, une revue francophone à comité de lecture publiée par Elsevier Masson en collaboration avec la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF). Dédiée à la formation médicale continue, elle publie des synthèses de littérature, des recommandations, des mises au point et des cas cliniques couvrant les principaux domaines de l’infectiologie. Destinée aux professionnels de santé, la revue vise à diffuser des connaissances actualisées et fondées sur les données scientifiques afin de soutenir les pratiques cliniques en médecine infectieuse.

Virginie Bagneux est enseignante-chercheuse au LPCN, ses travaux en psychologie sociale expérimentale portent sur le traitement de l’information, la prise de décision et l’esprit critique. Elle est membre du Groupe de Travail n°8 du Conseil Scientifique de l’Education Nationale (CSEN) : Développer l’esprit critique. Son objectif est de promouvoir les outils de la méthode scientifique (e.g., zététique), afin de permettre aux individus de prendre des décisions et d’agir dans leur quotidien de façon éclairée, tout en développant leur auto-défense intellectuelle. Elle est membre du comité de direction du projet LUCIDE. Au LPCN, elle est impliquée dans le programme de recherche SCOPE.
